"Caminante, no hay camino, se hace camino al andar"
Antonio Machado.
Voyageur, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant
Notre ami Julio Le Parc nous a quitté le 30 mai 2026.
Le président, Jean-Marc Laforêt, au nom de la Maison de l'Amérique latine, prend part au chagrin de celles et ceux qui, sur les deux rives de l'Atlantique, l'aimaient et l'admiraient.
Julio Le Parc est né dans une famille ouvrière à Mendoza, en Argentine, en 1928. Adolescent, il est élève de l’école d’art de Buenos Aires où l’un des professeurs est Lucio Fontana, puis intègre l’Académie des Beaux-Arts. Après s’être impliqué dans les soulèvements des étudiants, il obtient une bourse du gouvernement français qui l’emmène à Paris en 1958. Il y rencontre Victor Vasarely et Denise René. Quelque temps après, d’anciens camarades des Beaux-Arts de Buenos Aires, comme Francisco Sobrino, Horacio Garcia Rossi, Hugo Demarco, le rejoignent à Paris. Avec les deux premiers, François Morellet, Joël Stein et Jean-Pierre Yvaral, il cofonde l’influent Groupe de Recherche d’Art Visuel (GRAV) en 1960.
Parallèlement, Julio Le Parc poursuit sa voie indépendante, appliquant à ses peintures des principes d’organisation rigoureux, qu’il s’agisse de l’utilisation de quatorze couleurs ou celle du blanc, du gris, et du noir dans des combinaisons infinies. Il produit des œuvres fondées sur des systèmes d’organisation de la surface et de corrélation des formes, ainsi que des reliefs vibrants et des installations immersives. Il s’intéresse à la manière dont l’art peut prendre en compte la participation du public et ses recherches sur l’instabilité perceptible ont abouti à des œuvres importantes impliquant la lumière et le mouvement.
Tout au long de sa carrière, Julio Le Parc s’interroge sur la place de l’artiste dans la société contemporaine et sur le fonctionnement du monde de l’art. Il s’efforce de produire une œuvre qui reflète ses convictions, et tourne parfois le dos au succès commercial en refusant d’adopter un « style » ou de devenir un « artiste singulier ». Son travail s’articule autour d’une expérimentation constante, plaçant le spectateur au centre à travers des dispositifs optiques qui impliquent des séquences, des rotations et des progressions basées sur l’instabilité visuelle. Avec ses labyrinthes et ses interventions dans la rue, Le Parc invite les spectateurs à revitaliser leur capacité à regarder, réagir, réfléchir, comparer et créer.
Julio le Parc a reçu le Grand Prix International de peinture à la 33e Biennale de Venise en 1966. Il a toujours privilégié le contact et la réflexion partagée avec d’autres artistes, soit par des créations collectives, soit par des actions communes au sein du monde de l’art. Défenseur des droits de l’homme, il a lutté contre la dictature en Amérique Latine à travers de nombreux projets collectifs antifascistes. Il vit et travaille toujours à Cachan, dans la banlieue parisienne, poursuivant son objectif avec sa ténacité habituelle.