Musique

Tribune de la musique

des disques et des spectacles

16 juin 2022 à 19h

Animée par Oscar Barahona, Nelson Gómez, Francisco González et Michel Plisson.

Séance de la tribune de la musique est consacrée à la guitare tango, tradition musicale reprise par l'orchestre de guitares Las Bordonas de Paris, créé et dirigé par Diego Trosman.

 

Comme tant de musiques populaires, le tango s'est constitué en s'appuyant sur la tradition orale, les musiciens des générations antérieures enseignant aux plus jeunes les secrets de l'interprétation propres à ce style et qui ne figurent dans aucune partition. C'est dans cet esprit qu'a été créé en 2016 l'orchestre école Las Bordonas de Paris.

 

L'orchestre Las Bordonas de Paris joue le grand répertoire du tango argentin arrangé pour ensemble de guitares par Diego Trosman. Avec ses reprises de tangos, valses et milongas célèbres, ainsi que de quelques chansons du folklore argentin, l'orchestre se produit régulièrement à Paris en animant des bals tango, appelés milongas.

 

Introduite par les Espagnols dans la région du Río de la Plata, la guitare finit par tomber entre les mains du payador, figure emblématique qui s'illustrait en improvisant des vers en rime en s'accompagnant à la guitare. Le payador est l'ancêtre du cantor nacional, chanteur qui interprétait des rythmes du folklore de la campagne, notamment des cifras, estilos et huellas. C'est à cette catégorie qu'appartient le jeune Carlos Gardel, lequel chantera en 1917 Mi noche triste, le premier tango "chanté", devenant ainsi le premier cantor de tango.

 

La guitare, instrument fondateur du tango, constitue la base rythmique des premiers trios instrumentaux, qui comprennent également un violon et une flûte. Se forment ensuite des groupes composés d'un chanteur, et typiquement de trois à quatre guitares qui l'accompagnent. Nous avons la chance aujourd'hui de pouvoir accéder facilement aux vieux enregistrements de Carlos Gardel dans lesquels on entend les guitaristes marquer le rythme du tango sous ses formes les plus primitives, écrivant ainsi les premières pages de l'histoire de ce genre musical.

 

À partir de l'époque des frères Julio et Francisco de Caro (années 1920), l'évolution stylistique parvient à son apogée dans les années 1940 et 1950, période que l'on considère comme l'âge d'or de la splendeur artistique du tango, du point de vue aussi bien musical que littéraire. C'est l'époque des orquestas típicas, orchestres formés sur la base du sextet, dont les rangs se garnissent de bandonéons et violons. Cependant, le tango subsiste sous d'autres formats plus petits, celui du quartet et du quintet dans lesquels la guitare est de nouveau sollicitée.

 

En 1952, le bandonéoniste Aníbal Troilo forme avec le guitariste Roberto Grela le quartet typique Troilo-Grela, complété d'un guitarrón criollo (guitare de dimension à peine plus grande, accordée une quarte au-dessous) et d'une contrebasse.

 

Dans les années 1990, Diego Trosman a appartenu à l'une des premières promotions d'élèves de l'école de musique populaire d'Avellaneda, à Buenos Aires. C'est dans cette école que pour la première fois le tango devient une discipline à part entière dans l'enseignement officiel. C'est là qu'il a la chance d'étudier avec de grands maîtres de la guitare tango tels que Aníbal Arias, Rubén "Chocho" Ruiz et Hugo Romero. Mais l'évènement sans doute le plus heureux de sa carrière survient quand, déjà installé en France, Diego Trosman rencontre le guitariste Ciro Pérez. Ce remarquable maître du tango est l'héritier direct du grand Roberto Grela, avec lequel il réalisa nombre d'enregistrements qui sont autant de trésors inestimables pour le guitariste tango.

 

[Ce texte reprend des extraits de l'Introduction de la Méthode de Tango, publiée par Diego Trosman aux éditions Lemoine.]

 

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Généralement tous les deuxièmes jeudis de chaque mois, de 19h à 20h30, la Tribune de la Musique, des disques et des Spectacles invite des musiciens, chanteurs, interprètes, compositeurs, ethnomusicologues, danseurs, anthropologues, vidéastes, cinéastes documentaristes à débattre autour des musiques d'Amérique latine, qu'elles soient traditionnelles, populaires et/ou savantes, et présente CDs, livres, partitions, films DVD ou videos-films à l'occasion d'une publication récente, CD, DVD, Films, etc... La Maison de l'Amérique latine communique sur son site le programme précis une dizaine de jours avant la séance.

 

Prochaine séance : octobre 2022