Plusieurs intervenants et intervenantes, notamment issus de l’histoire de l’art et de la littérature, réfléchiront aux trajectoires plastiques, intellectuelles et géographiques de l’artiste cubain Joaquín Ferrer, ainsi qu’à celles de son réseau artistique.
En 1940, l’anthropologue cubain Fernando Ortiz publiait son ouvrage Contrapunto cubano del tabaco y el azúcar, dans lequel il analyse la « transculturation » de l’identité des Cubains au regard de l’Afrique.
Cette journée d’étude propose de tisser le fil de cette transculturation cubaine sous le prisme de l’artiste peintre Joaquín Ferrer. Né à Cuba en 1928, il décide de rejoindre la France en 1959, où il sera naturalisé en 1979. Son exil et la nostalgie de son île ont traversé, à des degrés variés, une partie de sa production ; il croquait ses souvenirs cubains, notamment ses échanges avec Wifredo Lam, et cultivait, à Paris, ses amitiés avec ses concitoyens et artistes Agustín Cárdenas et Jorge Camacho. Tout au long de sa carrière, le peintre développait un réseau transdisciplinaire avec des poètes comme Alain Bosquet, Lionel Ray, Henri Michaux ou encore Claude Esteban, avec des artistes surréalistes comme Miró et Max Ernst, ou encore avec l’inclassable Roberto Matta. Ses toiles ont été exposées au Musée d’Art moderne de Paris, à la Galerie du Dragon, mais aussi au Point Cardinal, à la galerie de Seine, à la Galleria Continua ou encore à la galerie Albert Loeb, pour ne citer que quelques exemples parisiens. Ses œuvres voyagent en Allemagne, en Italie, au Danemark, en Belgique, en Suisse, aux États-Unis et, bien évidemment, en Amérique latine. Son atelier, sa collection et sa bibliothèque se font le reflet de ce dialogue avec des cultures extra-européennes et vernaculaires, dans un univers peuplé d’objets africains, asiatiques, latino-américains ou encore issus du folklore français.
Se réunir autour de l’étude de l’œuvre et de la figure de Joaquín Ferrer revient donc à étudier un réseau de marchands, de commissaires, d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes sur la scène artistique européenne pendant plus de 60 ans. Nombre de personnalités de la sphère de Joaquín Ferrer restent encore peu connues des spécialistes, alors même qu’elles pourraient nourrir les travaux en sciences humaines dans une perspective plus large. L’« identité-rhizome » de Joaquín Ferrer nous conduit, justement par ces connexions horizontales, sur la trame ortizienne de la transculturation ; elle nous invite à prendre de la hauteur pour interroger plus largement la place des artistes latino-américains dans le discours artistique et littéraire de l’Europe, voire à questionner les notions de modernité, d’art contemporain européen et d’hybridité comme processus de réarticulation des cultures sous la triple focale transatlantique : Amérique latine, Afrique, Europe.
PROGRAMME
9 h 30 — Accueil et ouverture :
Olivier Belin, Julia Drost, Anne Husson et Élodie Vaudry
Modération : Élodie Vaudry, Sorbonne Université
10 h 00 — Dominique de Font-Réaulx, Sorbonne Université
Exils et création
10 h 45 — Rafael Pedemonte, Université d’Anvers
André Breton, médiateur culturel : réseaux et rapprochements avec « le monde encore habitable » (1939-1945)
11 h 30 — Pause
11 h 45 — Nicolas Surlapierre, MAC VAL
L’abécédaire VERTIGE : Joaquín Ferrer en 7 lettres à peu de choses près
12 h 30 — Pause Déjeuner
Modération : Julia Drost, DFK Paris
14 h 30 — Michèle Dalmace, Université Bordeaux Montaigne
Arts visuels de la Caraïbe et Surréalisme : une connexion entre Joaquín Ferrer et Iván Tovar ?
15 h 15 — Sol María Jait, ENS Lyon
Survivances et déplacements du merveilleux surréaliste : photomontage et écriture chez Stern et Cortázar
16 h 00 — Pause
Modération : Olivier Belin, Sorbonne Université
16 h 15 — Armando Valdés-Zamora, MCF-HDR à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC)
Déplier l’infini : abstraction, insularité et épistémologie de l’exil chez Joaquín Ferrer
17 h 00 — Lili Gay, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne
L’atelier de Ferrer : entre créativité, réseaux et mémoire
17 h 45 — Clôture